Une démarche de performance énergétique s’engage avec de petites victoires

Publié le 16 mars 2021

Expert en efficacité énergétique, Jérôme Strobel est cogérant du bureau d’études Watt smart à La Martinique. Il intervient en tant que formateur-accompagnateur en entreprise auprès des stagiaires dans le cadre de la formation « Référent énergie dans l’industrie et le tertiaire complexe » PROREFEI lancée en 2018.

 

Quel est votre profil ?

Je suis citoyen suisse, physicien de formation, diplômé de l’Université de Genève où j’ai suivi une spécialisation en management de l’énergie. Installé depuis sept ans à La Martinique en tant qu’expert en efficacité énergétique, je suis cogérant du bureau d’études Watt Smart. Avec mes deux associés, nous intervenons dans les secteurs de l’industrie, du bâtiment auprès d’acteurs privés et d’institutions publics comme l'ADEME et les collectivités territoriales.

La performance énergétique reste un sujet assez récent en entreprise, malgré les connaissances accumulées. Y ont-été ajoutés récemment des objectifs de décarbonation, car 20 % des émissions de gaz à effet de serre sont issus des activités industrielles (6% en Martinique). J’identifie trois principaux enjeux en vue de progresser sur ces thématiques. Tout d’abord, la sensibilisation des salariés à tous les échelons. C’est une condition essentielle selon moi au succès d’une démarche d’efficacité énergétique et de décarbonation. Il est également important de relier cette démarche à une dimension personnelle, en expliquant aux salariés comment le changement climatique impacte leur quotidien. Enfin, je pense que l’efficacité énergétique est une démarche itérative, pour laquelle il est important de commencer par de petites victoires, peu coûteuses. C’est indispensable pour organiser la montée en compétence des acteurs, mais aussi pour susciter leur motivation.

 

Pouvez-vous donner des exemples d’actions que vous avez accompagné ?

L’optimisation des contrats de fourniture d’électricité et de gaz peut générer des économies financières. Une blanchisserie industrielle a par exemple abaissé de 7000 euros par an sa facture électrique, soit 10% de sa facture annuelle, en changeant simplement de type de contrat.

Autre exemple, à La Martinique, les industries ne tournent souvent pas en 3X8, il est donc nécessaire d’allumer et d’éteindre les usines tous les jours. Dans une entreprise agroalimentaire, nous avons ainsi suscité une économie de 2% de fioul par an en modifiant simplement l’ordre de mise en route des équipements : Le démarrage commençait par la chaudière et la centrale d’air comprimé, sans que cela soit indispensable à la production.

Le traitement des eaux usées est souvent un poste négligé. Or, les aérateurs tournent en permanence dans les bassins. Dans une usine de transformation de fruits, nous avons expérimenté une diminution de la durée de fonctionnement des aérateurs qui représentent 15% des besoins en électricité. Nous sommes parvenus à réduire d’un cinquième la consommation des moteurs sans impacter le processus de dégradation des matières organiques.

Dans une cimenterie, la mise en place de variateurs de vitesse au niveau des installations de traitement de l’air a permis d’adapter leur fonctionnement aux besoins et de réduire de moitié leurs consommations électriques.

L’air comprimé est également un sujet majeur. Il pèse généralement 10 à 20% de la consommation des entreprises. Or ces dernières ont tendance à prévoir des marges de sécurité sur les consignes qu’elles payent très cher, surtout en cas de fuite sur leurs réseaux.

 

En quoi consiste votre rôle de formateur au sein du programme PROREFEI ?

J’interviens depuis plusieurs années dans le cadre de la formation « Référent énergie dans l’industrie et le tertiaire complexe » PROREFEI lancée en 2018 et pilotée par l’Association Technique Energie Environnement (ATEE) avec l’appui de l’ADEME. Concrètement, j’exerce la mission de « formateur-accompagnateur » auprès des stagiaires. Cela signifie que je les accompagne pendant deux journées et demi en entreprise, dans le prolongement de la formation théorique de deux jours organisée en Martinique, Guadeloupe et Guyane par OC2 Consultants. Sur le terrain, nous insistons sur la maitrise opérationnelle des consommations, autrement dit la suppression des gaspillages énergétiques. Ce n’est qu’ensuite que nous étudions les investissements possibles dans de nouveaux équipements.

 

Quels sont les points forts de la formation ?

Le programme PROREFEI propose une mise en application concrète des principes théoriques enseignés. C’est un atout considérable ! En effet, de retour en entreprise après leurs deux jours de formation, les stagiaires se retrouvent accaparés par la gestion quotidienne et peinent souvent à dégager du temps pour mettre en application les nouvelles notions de performance énergétique. C’est pourquoi, l’intervention des formateurs-accompagnateurs est essentielle. Nous suivons les stagiaires,  qui mettent en place une ou des action.s d’efficacité énergétique sur le site, en espaçant les rencontres en fonction des besoins. L’organisation de réunions de démarrage et de clôture de cet accompagnement en présence d’un représentant de la direction constitue également un atout pour sensibiliser les industriels. Enfin, le fait que la formation s’inscrive dans le dispositif des Certificats d’Economies d’Energie, piloté par une association reconnue, l’ATEE, lui donne une crédibilité supplémentaire auprès des entreprises. D’autant plus qu’un travail de fonds est organisé par le programme PROREFEI pour susciter les échanges entre formateurs, mais aussi bâtir une Communauté des Référents énergies.

 

Quels sont les enjeux spécifiques aux territoires de Guadeloupe, Guyane et Martinique ?

La loi relative à la transition énergétique a fixé comme objectif de parvenir à l’autonomie énergétique dans les départements d’outre-mer à l’horizon 2030. En résumé, l’ambition consiste à passer d’une dépendance aux ressources fossiles à une indépendance énergétique fondée sur les énergies renouvelables. En effet, dans les contextes insulaires non interconnectés, l’électricité́ constitue un enjeu particulier, car la production est fortement carbonée et les coûts de production très supérieurs à ceux de la métropole. Nous y sensibilisons les stagiaires PROREFEI : Pour chaque kilowattheure économisé en Martinique le bienfait est dix fois supérieur en termes d’émission de gaz à effet de serre. On assiste à un éveil des consciences. En effet, 5% des stagiaires du programme national PROREFEI sont basés à La Martinique. 

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