Interview de Tristan Hubé, ingénieur énergie

Publié le 20 novembre 2019

Ingénieur Énergie au Service Industrie de l’ADEME, Tristan Hubé est notamment en charge du suivi des audits énergétiques obligatoires. Il donne un coup de projecteur sur cette mesure règlementaire instaurée par la Directive européenne sur l'Efficacité Energétique (DEE) de 2012. D’une durée de validité de quatre ans, les premiers audits arrivent actuellement à expiration.

 

Qui sont les entreprises concernées par l’audit énergétique obligatoire ?

L’audit énergétique réglementaire concerne environ 5 000 entreprises en France. Il s’agit d’établissements de plus de 250 salariés, mais aussi d’établissements cumulant un chiffre d’affaires supérieur à 50 millions d’euros et un bilan de plus de 43 millions d’euros. L’audit énergétique doit suivre la méthodologie de la norme EN 16247 et couvrir un périmètre minimum de 80% des factures d’énergie. Il s’agit concrètement d’identifier les gisements d’économies d’énergie et d’établir un plan d’actions.

 

Pourquoi les industriels engagent-ils actuellement le renouvellement de leurs diagnostics ?

Initialement, la Direction Générale de l’Energie et du Climat (DGEC) avait fixé une première date butoir pour la remise des premiers audits réglementaires au 5 décembre 2015. Au regard de la forte charge de travail des bureaux d’études et pour assurer une certaine qualité des rapports d’audit, la date butoir a été prorogée au 30 juin 2016. La durée de validité des rapports étant de quatre ans, nous sommes donc entrés cet automne dans une intense phase de renouvellement. Cette dernière devrait se poursuivre jusqu’au printemps 2020.
Concrètement, la date d’expiration correspond à la date d’édition du premier rapport à laquelle on ajoute quatre ans.

 

Qu’apporte le programme de formation des Référents énergie dans l’industrie PROREFEI dans la mise en œuvre des audits ?

Dès 2015, l’ADEME a mis en place une formation « Devenir Référent énergie en industrie » qui a permis de former plus de 700 référents énergie. Depuis 2018, la formation PROREFEI, pilotée par l’Association Technique Energie Environnement (ATEE) avec l’appui de l’ADEME, a pris le relais et permet la montée en compétence des professionnels issus des services HQSE, Maintenance, Travaux neufs ou Production.
A travers un parcours complet alliant e-learning, présentiel et accompagnement individuel sur site, les Référents énergie développent des compétences pour piloter et mettre en œuvre un plan d’actions qui s’appuie sur l’audit énergétique réglementaire, qui pouvait être parfois perçu comme une contrainte. Les Référents énergie deviennent alors plus exigeants sur la qualité de la prestation et du rapport d’audit.
Aujourd’hui, plus de 500 stagiaires suivent ce parcours.

 

La plateforme de recueil des audits énergétiques mise en place par l’ADEME a-t-elle établi des tendances statistiques ?

La première version de la plateforme de recueil des audits énergétiques permettait d’analyser certaines données générales. Par exemple, le résultat du top 3 des gains d’énergie dans l’industrie concerne les interventions : 1) sur la vapeur, 2) sur les procédés et la production de chaleur et 3) sur l’eau chaude process. Au regard des difficultés des utilisateurs à déposer leur dossier sur la première plateforme de 2015, nous avons décidé la refonte totale de la plateforme. Cette nouvelle version – en ligne depuis mars 2019 – est beaucoup plus intuitive. Elle facilite la procédure de dépôt pour les entreprises, le suivi de contrôle pour les DREAL mais aussi l’analyse statistique pour l’ADEME. A date, plus de 500 nouveaux dossiers ont été déposés sur cette nouvelle plateforme. L’identification des mesures les plus efficientes sera profitable à toutes les entreprises, pas uniquement à celles qui sont concernées par l’audit énergétique réglementaire.

 

En quoi la démarche de certification pour le management de l’énergie ISO 50 001 constitue-t-elle un atout pour les entreprises ?

La certification ISO 50 001 pour le management de l’énergie présente l’avantage d’engager l’entreprise dans une démarche d’amélioration continue. La certification 50 0001 permet d’exonérer l’entreprise de son obligation de réaliser un audit énergétique réglementaire tous les quatre ans. Tout comme celui de l’audit, le périmètre de la certification ISO 50 001 doit couvrir au moins 80% du montant des factures d’énergie. Un point d’attention doit être porté sur la période de validité du certificat ISO 50 001. Celle-ci étant généralement de trois ans (et non de quatre ans), l’entreprise doit veiller à remettre à jour ses pièces justificatives dans son dossier déposé sur la plateforme de l’ADEME en contactant sa DREAL.