Nous avons instauré une méthode pour mettre en œuvre un schéma directeur énergie & carbone performant

Publié le 16 décembre 2021

Christophe Watrigant cogérant des bureaux d’études en énergie Prowatt et Energie3, formateur PROREFEI, évoque les enjeux d’efficacité énergétique et de décarbonation dans l’industrie. Ses ingénieurs et lui même interviennent en tant que formateurs dans le cadre du programme « Référent énergie dans l’industrie et le tertiaire complexe » Prorefei piloté par l’ATEE.

En quoi avez-vous été pionnier dans le déploiement de l’efficacité énergétique dans l’industrie ?

J’ai une âme de joueur. Lorsque j’ai fondé mon bureau d’études en 2005, l’efficacité énergétique ne figurait pas parmi les priorités des industriels. Nous imaginions des installations performantes, mais il fallait parvenir à rentabiliser les investissements dans un contexte de prix du kilowattheure relativement bas. Sans compter que le dispositif des certificats d’économies d’énergie (CEE) était balbutiant. Mais j’étais persuadé à l’époque de l’importance que prendraient ces sujets. Petit à petit, ma société de conseil en performance énergétique Prowatt a pris de l’ampleur. En 2012, je me suis associé à Frédéric Catherin et nous avons monté Energie3, une entité complémentaire spécialisée dans les achats d’énergies et l’optimisation des contrats de maintenance. Ensemble, nous sommes partis du principe qu’une ligne industrielle doit fonctionner comme une automobile : Elle doit être bien conçue, conduite par un pilote aguerri et payer son carburant au juste prix. Ces cinq dernières années, nos deux sociétés Prowatt et Energie3 ont affiché une croissance à deux chiffres. Elles emploient au total une trentaine de salariés. Nous bénéficions de la montée en puissance des CEE et de l’avènement de l’audit énergétique règlementaire.  La fluctuation du prix des énergies et les nouveaux enjeux de décarbonation jouent également en notre faveur. Enfin, le fait d’avoir grandi graduellement nous a permis de nous structurer. Aujourd’hui, Prowatt et Energie3 sont bien identifiés auprès de l’agence de la transition énergétique Ademe et des Dreal, les directions régionales du ministère de la Transition écologique.

Comment les industriels prennent-ils les sujets de l’efficacité énergétique et de la décarbonation à bras le corps ?

Auparavant, les initiatives en matière d’économie d’énergies émanaient davantage des opérateurs de terrain. Par ailleurs, au sein d’une même entreprise, consommations et achats d’énergies étaient bien souvent gérés de manière séparée. Dans le contexte de hausse des prix du gaz et de l’électricité, les directions apparaissent davantage motrices. Elles mettent une certaine pression, mais cette attitude témoigne d’une volonté de progresser. Le sujet de la baisse des émissions de gaz à effet de serre est également sur la table. C’est une thématique que les industriels doivent appréhender, même lorsqu’ils ne sont pas soumis aux quotas de CO2. Cependant, pour structurer une démarche d’efficacité énergétique et de décarbonation, il me semble essentiel de procéder avec méthode. Le pré-diagnostic ou l'audit énergétique constituent souvent un point de départ. Il faut ensuite engager la formation des personnels au travers du programme « Référent énergie dans l’industrie et le tertiaire complexe » (PROREFEI) piloté par l’ATEE, avec l’appui de l’Ademe. A partir du moment où plusieurs responsables sont sensibilisés et formés à ces enjeux, des actions peuvent être mises en musique dans le cadre d’un schéma d’efficacité énergétique cohérent à l’échelle de l’entreprise. Cette démarche méthodique vise à éviter les fausses bonnes idées. En effet, les récentes augmentations des prix des énergies et des quotas de CO2 suscitent un vent de panique et des initiatives inappropriées sur certains sites jusqu’à présent peu engagés sur ces questions.

En quoi la formation PROREFEI vous parait-elle pertinente ?

J’interviens depuis plusieurs années dans le cadre de la formation PROREFEI en tant que « formateur-tuteur » et « formateur-accompagnateur ». Concrètement, j’accompagne les stagiaires en entreprise pendant deux journées-et-demi, dans le prolongement de leur formation théorique de deux jours. Je suis présent aux côtés des stagiaires par demi-journées, en espaçant les rencontres en fonction des besoins. Cette organisation favorise la mise en application concrète des principes théoriques enseignés. Elle est très appréciée des futurs référents énergie ! Energie3-Prowatt intervient également dans le cadre du module complémentaire « Achats d’énergie, de produits d’équipements et de services consommateurs d’énergie » mis en place dans le cadre de PROREFEI. Ce module organisé sous la forme d’une session d’une demi-journée permet d’approfondir leurs connaissances.

D’une manière générale, PROREFEI présente l’avantage de donner une vision globale des enjeux. C’est parfois plus utile que des connaissances techniques très pointues. La formation ouvre les yeux des futurs référents énergie en entreprise et leur donnant certains réflexes. Je m’explique. Dernièrement, un ancien stagiaire est revenu vers nous, trois mois après sa formation. Sa direction envisageait d’investir dans un groupe frigorifique standard. Il s’agissait d’une boucle d'eau glacée en régime 7-12°C visant à climatiser un local électrique à 25°C. Le référent énergie de cette papeterie n’avait pas de réponse immédiate quant à la pertinence de cet investissement. En revanche, il avait conscience des conséquences d’un trop grand décalage de températures sur le plan de la consommation énergétique. Il avait raison. Pour un besoin final de 25°C, une boucle en régime 15-20°C peut être suffisante. Chaque degré gagné représente 4% d’économie d’électricité. Par ailleurs, un tiers du surcoût de cette installation, certes plus volumineuse, est effacé grâce à la fiche d’opération standardisée free-cooling du dispositif CEE.

Philippe Bohlinger

#efficacitéénergétique #décarbonation #industrie #tertiaire #formation #CEE

ATEE - ADEME - Ministère de la Transition écologique